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Première réaction de l’IE à la publication du Rapport de la Banque mondiale sur le développement de l’éducation dans le monde

Le récent rapport de la Banque mondiale sur l’éducation constate « des efforts superficiels et désordonnés » pour « ébaucher des problèmes complexes, lancer des recommandations simplistes et émettre des généralisations trop larges qui laisseraient dubitatifs les ministres des Finances les mieux intentionnés ».

Dans une première analyse, la première d’une série d’analyses publiques thématiques et de comptes rendus sur le Rapport de la Banque mondiale sur le développement de l’éducation dans le monde (en abrégé RDM) qui seront édités par l'Internationale de l'Education (IE) dans les mois à venir, David Edwards, Secrétaire général adjoint de l’IE, a qualifié le rapport d’incomplet et inadapté aux défis qui se présentent.

Comme le dit Edwards, « si le but était de poursuivre dans la lignée du Rapport sur la génération en apprentissage (Learning Generation) de la Commission internationale sur le financement des opportunités éducatives mondiales (Commission de l’Education) et de fournir un mode d’emploi aux gouvernements, la Banque a manqué la cible. Si le but était d’enfiler une série de paragraphes courts qui n’abordent que très superficiellement le problème de taille auquel est confrontée la communauté éducative, à savoir le manque criant de ressources, elle est parvenue à ses fins. »

Fred van Leeuwen, Secrétaire général de l'IE, a ajouté: « Vu l’influence considérable que la Banque mondiale peut exercer en matière de financement, le RDM constitue une occasion manquée de promouvoir le financement durable de l’éducation. Il ne propose aucune solution claire à l’énorme défi que représente le financement adéquat de l’éducation dans le monde et reste muet sur les stratégies durables visant à mobiliser les ressources nationales et rendre des comptes aux bailleurs de fonds. Au lieu de cela, le rapport constate la relation déséquilibrée entre les dépenses publiques et l’apprentissage des étudiants, ce qui ne fait que décourager encore plus les pouvoirs publics d’investir dans l’éducation. »

Le RDM s’inspire fortement de celui de la Commission de l’Education en ce qu’il se focalise sur la ‘crise de l’apprentissage’ (les enfants vont à l’école, mais n’apprennent pas) et sur le ‘piège de l’apprentissage’ (les facteurs systémiques qui entravent l’apprentissage). Mais, à la différence de la Commission de l’Education, la Banque a constitué l’architecte de la politique éducative dans les pays en développement depuis plus de cinquante ans.

Selon Edwards : « A la première lecture du rapport, l'Internationale de l'Education n’a trouvé aucune mention de ce fait, ni même de réflexion de la Banque sur les leçons qu’elle aurait pu tirer à mesure de la décentralisation, des réformes basées sur le marché, du dénigrement systématique des enseignants et du financement basé sur les résultats qu’elle a mis en place.

Même si le rapport reconnaît dans une certaine mesure que le conflit d’intérêts potentiel des acteurs privés peut nuire à l’éducation et à l’apprentissage, cet élément passe quasiment inaperçu du fait que les acteurs et prestataires privés ne sont considérés que comme quelques-uns des si nombreux acteurs de l’éducation qui maximisent leur rôle et qu’il faut gérer. En réalité, l’analyse de la question de la privatisation reste très succincte, compte tenu du soutien financier apporté par la Banque aux écoles privées à but lucratif et à bas coût, et leurs résultats controversés dans le secteur de l’éducation.

Une lueur d’espoir apparaît dans un encadré intitulé: ‘L’école privée peut-elle rimer avec l’apprentissage pour tous ?’. Dans cet aveu bref, mais bienvenu, la Banque reconnaît ce que l’ensemble de la communauté éducative sait depuis des décennies: il n’a jamais été démontré que les écoles privées produisaient de meilleurs résultats que les écoles publiques. L’équipe du RDM a également pointé de nombreux risques, tels l’exclusion des étudiants défavorisés ou moins capables ou souhaitables, la ségrégation sociale, l’exploitation lucrative des familles et le travail de sape de l’enseignement public. Et de conclure que surveiller et réglementer efficacement les écoles privées ‘n’était pas forcément plus facile que d’assurer un enseignement de qualité’ et que, que l’on encourage ou non l’enseignement privé, les gouvernements ‘ne pouvaient se soustraire à leur responsabilité d’offrir à tous les enfants et les jeunes l’occasion d’apprendre’.

Le rapport reconnaît très justement le rôle clé joué par les enseignants dans la qualité de l’éducation. Il souligne en outre l’importance de la relation enseignant-étudiant et, comme l'IE, le fait que la technologie ne pourra jamais remplacer un enseignant, mais peut constituer un bon outil complémentaire, si elle est utilisée à bon escient.

Le rapport pointe l’absentéisme des enseignants, le manque de compétences et la faible qualité des enseignants parmi les principales causes de la ‘crise de l’apprentissage’. En revanche, il n’explore pas en profondeur les causes structurelles de l’absentéisme, tels les salaires abusivement bas qui obligent les enseignants à exercer deux métiers pour survivre, les longues distances à parcourir pour toucher leur paie et les retards de paiement. Au lieu d’analyser les problèmes de rémunération et de conditions de travail qui rendent le métier peu attractif, les auteurs reviennent à des assertions comportementalistes sans fondement sur des incitants et des commissions en fonction des résultats aux tests.

Le recours aux enseignants contractuels est présenté comme un choix rationnel et rentable pour les gouvernements confrontés à une pénurie d’enseignants. Paradoxalement, une telle promotion du travail précaire est contreproductive pour développer le métier d’enseignant et contredit même directement la recommandation de la Banque selon laquelle il faut attirer de meilleurs candidats vers la profession afin d’en améliorer la qualité à long terme.

Fait peu étonnant étant donné l’étude citée, le combat mené par les enseignants pour de bonnes conditions de travail semble faire ombre à leur vocation à aider les enfants dans leur apprentissage. C’est une manière de nier non seulement le droit des enseignants à un travail décent, mais aussi le fait que l’étude réalisée par l’OCDE et d’autres montre que l’amélioration des conditions d’enseignement rejaillit positivement sur l’environnement d’apprentissage des étudiants. »

Evaluation formative continue du RDM

Etant donné la nature unique du rapport et le fait qu’il est le premier RDM consacré à l’éducation, l’IE a décidé de publier une série de blogs thématiques et d’analyses dans les mois à venir, afin d’étudier les problèmes, les faits probants et les hypothèses. Merci de revenir ou de vous abonner aux notifications, car d’éminent(e)s chercheurs/euses et penseurs/euses spécialisé(e)s dans l’éducation collaboreront avec le personnel et les responsables de l'IE dans une section spéciale de notre blog Mondes de l’Education, ainsi que notre podcast Ed Voices. Nous espérons pouvoir compiler et éditer toute la série en une évaluation des dossiers qui puisse être partagée avec la Banque lors de ses Réunions de printemps.

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