La crise du financement de l’éducation totalement absente du rapport de la Banque mondiale

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L’Internationale de l’Education a exprimé haut et fort la voix de la communauté enseignante mondiale à l’occasion du lancement, en Belgique, du Rapport sur le développement dans le monde, publié par la Banque mondiale.

La Fédération syndicale mondiale de l’éducation a épinglé les recommandations politiques discutables et les omissions du rapport, en particulier l’absence de toute référence à la crise du financement de l’éducation et au dialogue social.

Le Vice-premier ministre belge: l’éducation de la petite enfance et l’éducation de qualité sont indispensables à la durabilité de nos sociétés

Chargé d’accueillir les participant(e)s au lancement de l’édition 2018 du Rapport de la Banque mondiale sur le développement dans le monde (RDM), organisé à Bruxelles, en Belgique, le 18 janvier, Alexander De Croo, Vice-Premier ministre et Ministre de la Coopération au développement, de l’Agenda numérique, des Télécommunications et de la Poste, a indiqué: « Le problème n’est pas tant l’accès à l’éducation que l’apprentissage. Nous devons donner aux enseignants les moyens d’offrir une éducation de qualité, lutter contre la fracture numérique et mettre un terme aux inégalités fondées sur le genre ».

Il a insisté sur l’importance de l’éducation de la petite enfance (EPE): « Il s’agit en effet de l’un des moyens les plus efficaces pour lutter contre les inégalités sociales et la stigmatisation. Investissons intelligemment, investissons tôt. »

La Commission européenne: l’éducation est le choix le plus pertinent pour le développement

Le Directeur général de la Commission européenne pour la Coopération internationale et le développement, Stefano Manservisi, a lui aussi expliqué les raisons pour lesquelles l’éducation constitue le choix le plus intelligent pour le développement: « L’éducation est cruciale pour la santé, la question du genre, la croissance économique, la paix... ». Europe Aid, a-t-il déclaré, continuera à s’engager et à investir en faveur de l’éducation de qualité. « Investir dans les enseignants, dans leur formation et dans les nouvelles technologies est crucial pour garantir une éducation de qualité et pouvoir y accéder », a-t-il précisé.

Soulignant la nécessité d’offrir à chacun(e) la possibilité d’accéder à l’éducation et de garantir l’égalité des genres, il a néanmoins déploré le financement insuffisant de la formation des enseignant(e)s, alors que celle-ci revêt une importance majeure.

La Banque mondiale: envisager un système harmonisé centré sur l’apprentissage

Les co-directeurs du RDM 2018 de la Banque mondiale, Deon Filmer et Halsey Roger, ont présenté le rapport, en insistant sur la nécessité de lutter contre une « crise de l’apprentissage », au travers de l’évaluation de l’apprentissage, de l’investissement dans l’EPE, des compétences, des enseignant(e)s motivé(e)s et des écoles (infrastructures, TIC, etc.), et au travers de l’harmonisation des acteurs de l’éducation afin d’assurer le bon fonctionnement du système.

L’objectif consiste à harmoniser un système centré sur l’apprentissage, que les acteurs sont chargés de faire fonctionner, ont brièvement expliqué Rogers et Filmer.

L’IE: aucune référence à la crise du financement que traverse actuellement l’éducation

Au cours de ses commentaires formulés à l’occasion du lancement du RDM, Dennis Sinyolo de l'Internationale de l’Education (IE) a salué le fait que le rapport « a permis de porter l’attention sur l’éducation de qualité et de stimuler le débat à ce propos, notamment en reconnaissant que les enseignants doivent être beaucoup mieux préparés, motivés et rémunérés en tant que professionnels, en soulignant le rôle essentiel de l’éducation de la petite enfance et en admettant que les écoles privées n’offrent pas forcément de meilleurs résultats que les écoles publiques ».

Il a toutefois profondément regretté que, globalement, les recommandations du RDM « sont bien trop insuffisantes pour faire respecter l’engagement mondial à garantir une éducation de qualité équitable et inclusive pour toutes et tous, tel que le prévoit l’Objectif de développement 4 des Nations Unies ». 

Il a ensuite souligné que la crise du financement de l’éducation n’avait pas été abordée dans le rapport, alors que le financement et le renforcement des systèmes d’enseignement publics sont deux facteurs cruciaux pour garantir l’équité, l’inclusion et l’accès universel à l’éducation. « Si le rapport reconnaît effectivement les problèmes que posent les services d’éducation privés, il se garde bien de conseiller aux gouvernements d’investir dans les systèmes d’enseignement publics », a-t-il indiqué.

Sinyolo a également souligné que la question de l’accès à l’éducation aurait mérité de se voir accorder une plus grande attention. Alors que le rapport indique que plus de 260 millions d’enfants et de jeunes ne sont toujours pas scolarisé(e)s, il passe quasiment sous silence cette crise en ne s’intéressant essentiellement qu’à ceux et celles qui sont déjà scolarisé(e)s. « Nous devons faire en sorte que tous les enfants et tous les jeunes soient scolarisés et les amener à atteindre leur plus haut potentiel », a-t-il insisté.

Une trop grande priorité accordée à l’évaluation de l’apprentissage

Le RDM accorde une importance trop grande à l’évaluation de l’apprentissage, au détriment de l’éducation de qualité inclusive, a-t-il ajouté, rappelant aux participant(e)s les paroles d’Albert Einstein: « Ce qui compte ne peut pas toujours être compté, et ce qui peut être compté ne compte pas forcément ».

Sinyolo a défendu le principe suivant: « Nos pays doivent avoir une vision de l’éducation qui soit audacieuse, large et ambitieuse, et qui aille au-delà d’une simple focalisation sur les tests ».

Un double discours à propos des enseignant(e)s

Il a également évoqué le double discours que tient le rapport à propos des enseignant(e)s, à l’origine des messages contradictoires adressés aux gouvernements. D’une part, le rapport encense les éducateurs/trices en insistant sur le rôle crucial que jouent les enseignant(e)s qualifié(e)s et motivé(e)s dans l’amélioration de l’apprentissage et, d’autre part, il les dévalorise en appelant au recrutement d’enseignant(e)s contractuel(le)s et en leur reprochant leur taux d’absentéisme.

Sinyolo a conclu son intervention en soulignant que les enseignant(es) et les syndicats qui les représentent font partie de la solution à la crise de l’éducation, demandant instamment aux gouvernements d’engager un véritable dialogue avec eux.

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