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Les syndicats de l'éducation solidaires des enseignant·e·s en Turquie

Les syndicalistes de l'éducation du monde entier se réunissent à Ankara les 6 et 7 mars à l’occasion du Symposium international pour les syndicats de l’éducation, les droits, les libertés et les gouvernements, afin d’exprimer leur solidarité envers les syndicalistes turcs·ques de l'éducation qui luttent pour le respect de leurs droits, de leur profession et de l'éducation dans son ensemble.

 

Dans son allocution d'ouverture au Symposium organisé par Eğitim Sen, une organisation membre de l’Internationale de l'Education (IE), le Secrétaire général de l'IE, David Edwards, a rappelé que « l'IE [avait] célébré son anniversaire l'année dernière. Nous sommes revenus sur les nombreux changements qui ont eu lieu au cours de ce quart de siècle, tant les progrès qui ont été réalisés que les échecs auxquels nous avons fait face. » « Ce qui n'a malheureusement pas changé, ce sont le danger et les menaces qui pèsent sur les syndicalistes enseignants et leurs dirigeants en Turquie », a-t-il déploré.

Eğitim Sen et son syndicat mondial, l'IE, ont tous deux été fondés en 1993 et ont une « longue histoire commune ». Il a évoqué les questions du droit d'organisation et de négociation, de la lutte pour enseigner et apprendre dans sa langue maternelle, de la lutte contre la tentative d'interdiction du syndicat, de l'emprisonnement des dirigeant·e·s enseignant·e·s sans procédure équitable, du licenciement massif des enseignant·e·s et autres travailleur·euse·s des services publics après le coup d'Etat manqué, des procès en cours interminables, des atteintes aux libertés universitaires et des tentatives pour faire de l’éducation un instrument d’endoctrinement.

Des dangers et défis permanents

Edwards a suggéré de retenir les points suivants parmi les enseignements à tirer de notre expérience commune en Turquie:

  • « La démocratie est fragile. Chaque jour, nous devons nous battre pour elle. »
  • « Tous les droits humains sont liés et il est peu probable que les gouvernements répressifs décident d’abuser d'un droit tout en laissant les autres intacts, du moins pas pour longtemps. »
  • « Lutter pour les droits et la justice signifie que vous n'êtes jamais seul. »
  • « Les syndicalistes et leurs dirigeants peuvent être vaincus quand bien même ils font preuve de courage, de détermination et de solidarité, mais ils ne cesseront jamais d’exister. »

La démocratie a besoin des syndicats

Edwards a souligné que la lutte pour la liberté syndicale en Turquie s'inscrivait dans une perspective plus large: une bataille mondiale pour les droits humains et la démocratie. Il a affirmé que « même si les travailleurs et travailleuses luttent pour constituer des syndicats dans des conditions extrêmement antidémocratiques, la démocratie doit leur apporter l'oxygène nécessaire pour prospérer. C'est l'une des raisons pour lesquelles l'existence de la démocratie est si fondamentale pour notre propre existence. Les entreprises ont fructifié au Chili sous Pinochet, et se portent plutôt bien aujourd'hui en Chine et en Arabie Saoudite. Mais les syndicats ne prospèrent que dans la liberté. »

Rappelant que « tout comme les syndicats ont besoin de la démocratie, la démocratie a besoin des syndicats », il a ajouté que « ce [n'était] pas un hasard si les gouvernements autocratiques [craignaient] les syndicats. Même dans les systèmes répressifs, les syndicats indépendants représentent des îlots de démocratie et, en tant que tels, donnent de l'espoir. L'espoir est l'ennemi de la tyrannie. »

Pour nourrir de l'espoir, il faut avoir une vision. La vision des syndicats est celle de la liberté, de la justice sociale et de la paix. « Etre ici aujourd'hui et être témoin de votre courage, de votre engagement et de votre solidarité conforte et réaffirme cette vision ainsi que cet espoir », a annoncé M. Edwards. « Ensemble, les syndicalistes de l'éducation forment un groupe solide et résilient. Et ils détiennent un levier pour faire bouger le monde. »

Dans son allocution au Symposium, Susan Flocken, Directrice du Bureau européen de l'IE, le Comité syndical européen de l'éducation (CSEE), a déclaré: « La liberté d'expression, le droit d'organisation et de négociation collective ainsi que les droits humains fondamentaux, et notamment les droits des femmes, ne sont pas une réalité pour nombre de nos collègues en Turquie. »

Et la Directrice du CSEE d'ajouter: « En participant au Symposium, nous exprimons notre solidarité avec nos collègues enseignants et syndicalistes qui demeurent les victimes d'un régime répressif et de l’échec de la politique éducative dans le pays. »

« Il ressort clairement de ce Symposium que vous continuez à vous impliquer fortement en faveur des valeurs syndicales, d'une éducation de qualité et de l'avenir de la Turquie. Notre présence ici avec vous aujourd'hui et notre visite à la délégation de l'UE plus tard témoignent des actions concrètes que nous menons ensemble », a-t-elle observé.

Une délégation de l'IE a demandé à rencontrer le ministre turc de l'Education nationale, Ziya Selçuk, afin d'aborder différentes questions liées aux syndicats et à l’éducation. Le gouvernement turc n’a pas donné suite à cette demande de dialogue.

L'objectif du Symposium

Le Symposium international organisé par Eğitim Sen constitue un forum de discussion entre les syndicalistes turcs·ques et leurs collègues d'Europe et d'autres régions. Les sessions couvrent les violations des droits syndicaux, en présentant notamment des cas de pays, le rôle des syndicats dans la politique en matière d'éducation et leurs relations avec les gouvernements, la question des libertés académiques et du rôle des syndicats et des gouvernements, ainsi que la promotion de l'égalité des genres par l'action syndicale et la politique d'éducation.

Lors de la séance d'ouverture, Velat Kara, le Secrétaire général de Eğitim Sen, a préparé le terrain pour les discussions en dressant le tableau général de la situation syndicale en Turquie. «  [Les conditions] sont toujours très précaires et notre syndicat continue à être victime de pressions », a-t-il déploré.

« Plus de 1.600 de nos membres ont été licenciés par des décrets-lois et attendent toujours de retrouver leur emploi. Une commission a été constituée après l'état d'urgence en vue de traiter les demandes des personnes qui se sont vues refuser le droit de recours judiciaire. Le processus prend trop de temps et il semble que nos membres doivent attendre très longtemps avant d'obtenir un véritable recours. La solidarité internationale est cruciale pour nous et nos membres », a-t-il déclaré à l'assemblée.

Le Symposium s'inscrit dans le cadre de la lutte menée pour défendre le droit des enseignant·e·s à constituer des syndicats libres et indépendants ainsi que le pouvoir collectif de protéger la liberté et la dignité humaine fondamentale. Il permet d’améliorer la compréhension des valeurs syndicales communes à l'échelle internationale et de réaffirmer l’importance de l’unité dans la défense de ces valeurs.

Parmi les membres de la délégation internationale présents au Symposium pour manifester leur soutien aux syndicats turcs figurent: DAÜ-SEN, KTOEOS et KTÖS/Chypre, FNEC FP-FO, SNES-FSU et SNESUP-FSU/France, GEW/Allemagne, DOE et OLME/Grèce, NASUWT et UCU/Royaume-Uni, et NEA/Etats-Unis.