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Les hauts et les bas de l’enseignement supérieur examinés au Congrès de l’IE

Les participant·e·s au Caucus de l’enseignement supérieur ont eu l’occasion d’assister aux présentations des représentant·e·s de la communauté universitaire en provenance des quatre coins de la planète, portant sur des thématiques aussi variées que l’insuffisance des financements, la privatisation et la commercialisation de l’enseignement supérieur, les conditions d’emploi précaires et les atteintes portées aux libertés académiques.

Ce caucus, dont l’ouverture, aujourd’hui le 20 juillet, a été confiée au Secrétaire général emeritus de l’Internationale de l’Education (IE) Fred van Leeuwen, a réuni les employé·e·s de l’enseignement supérieur et post-secondaire.

Ce dernier a présenté la situation de l’enseignement supérieur au travers du cas de l’Université de Groningen, qui a ouvert un campus en Chine illégalement en puisant dans l’escarcelle du contribuable, avant de devoir faire marche arrière une fois l’affaire parvenue aux oreilles du grand public. Van Leeuwen a utilisé cet exemple pour illustrer ce qu’il appelle « l’histoire de la mission des universités, en tant qu’institutions publiques au service du bien commun, l’histoire de leur combat pour obtenir des fonds publics, l’histoire des pressions toujours plus importantes exercées par les forces du marché et leurs effets sur les libertés académiques et les conditions d’emploi ». Il a ensuite dénoncé les conséquences dramatiques des théories du capital humain sur la communauté universitaire, responsables, selon lui, du « gaspillage d’une grande partie du potentiel de nos étudiant·e·s ». « Les étudiant·e·s ne sont pas uniquement des travailleur·euse·s, ils·elles sont aussi des citoyen·ne·s », a-t-il précisé.

Van Leeuwen a souligné le rôle de l’enseignement, de la recherche et des autres professions de l’éducation, qu’il considère comme les remparts de nos démocraties et a déploré que, outre la privatisation et les forces du marché, l’autoritarisme politique et l’extrême droite représentent également une menace pour les universités et les universitaires partout dans le monde, que ce soit en Italie, en Hongrie, aux Philippines ou au Brésil.

L'effet de la pensée mercantiliste et de la liberté académique

Sharn Riggs (NTEU/Nouvelle-Zélande) a présenté aux participant·e·s la situation dans la région Asie-Pacifique.

Elle a expliqué que les politiques néolibérales étaient progressivement abandonnées au niveau national mais a néanmoins souligné que, au sein des institutions, la pensée mercantiliste demeurait prédominante. Cette tendance est également palpable parmi les enseignant·e·s – une réaction qui, selon elle, provient du fait qu’ils·elles « ont trop longtemps travaillé sous un mode de pensée néolibéral ».

Elle a regretté que, tant dans l’enseignement supérieur que dans le secteur de l’enseignement technique et post-secondaire, le personnel enseignant doive faire face à des conditions de travail précaires. Elle a insisté sur les revendications de son syndicat, qui souhaite que l’argent public serve à financer l’enseignement public. Sans cela, cette situation risque fort d’accentuer l’instabilité des emplois et la surcharge de travail des enseignant·e·s, deux facteurs pesant lourdement sur leur vie. Un autre problème mis en lumière est l’absence de liberté académique en de nombreux pays, ainsi que la marchandisation et la privatisation de l’éducation, deux menaces communes dans la région.

Les universités européennes prises en étau entre le manque de financement et le faible statut de l’enseignant·e

Rob Copeland (UCU/Royaume-Uni) s'est concentré sur la région européenne et a mis en exergue certains problèmes auxquels sont confrontés les établissements d’enseignement supérieur du continent.

1. Insuffisance des investissements et inadéquation des modèles de financement.

2. Autoritarisme politique, portant atteinte à la liberté académique, en particulier dans le cas des études de genre.

3. Le faible statut des enseignant·e·s et le peu de reconnaissance de leur mission qui consiste à contribuer à la réussite de leurs étudiant·e·s.

4. Une trop grande priorité accordée au financement basé sur la performance.

5. La précarisation de l’emploi.

6. L’effritement de la négociation collective et du dialogue social au niveau national et institutionnel, encouragé par les organisations d’employeurs qui cherchent étouffer la voix des travailleur·euse·s.

Il a expliqué que les systèmes de négociation collective et de dialogue social en Europe étaient à l’agonie et peu efficaces dans le secteur de l’éducation. Il a relevé plusieurs tendances inquiétantes telles que l’érosion systématique des salaires, la fragilisation des droits en matière de retraite et l’incapacité de remédier au problème des contrats de travail à durée déterminée.

Copeland a invité les participant·e·s à réfléchir à deux questions importantes pour l’avenir: comment les syndicats peuvent-ils représenter une main-d’œuvre de plus en plus diversifiée au sein de l’éducation et comment peuvent-ils répondre au développement de la technologie et des réseaux sociaux dans les écoles?