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Royaume-Uni: un membre du Parlement demande à ce que l’aide internationale profite aux systèmes éducatifs publics et non aux prestataires privés

L’Internationale de l'Education salue l’intervention de Dan Carden, un membre du Parlement britannique, qui a demandé à ce que l’aide internationale allouée par son pays serve à soutenir un enseignement public de qualité inclusif et accessible à tou·te·s et ne profite pas aux prestataires de services éducatifs privés dans les pays du Sud.

Dan Carden, député et Secrétaire d'État au Développement international du cabinet fantôme, s’est adressé hier au Parlement britannique, rappelant clairement que « l’éducation [était] avant tout un droit fondamental ».

Relatant ses visites dans des écoles publiques et dans des établissements privés à bas coût au Kenya le mois dernier, il a insisté sur le fait que les parents, les enseignant·e·s, les étudiant·e·s et les organisations de la société civile qu'il avait rencontrés là-bas désiraient, à l’instar de la population de sa circonscription, des écoles décentes et financées par l’État pour les enfants.

Il s’est dit inquiet de voir que le Département britannique en charge du Développement international participe de plus en plus à l’expansion de l’éducation privée dans les pays du Sud, « parce que nous savons que les écoles privées payantes excluent toujours les enfants les plus marginalisés. Comme notre expérience au Royaume-Uni nous l’a appris, des systèmes d’enseignement publics universels sont la seule solution pour instruire tous les enfants. »

Au Kenya, il a entendu les témoignages édifiants de parents et d’enseignant·e·s sur les fameuses écoles privées à bas coût, en particulier sur une chaîne d’écoles: Bridge International Academies. « Des parents m’ont raconté comment on leur avait fait croire que leurs enfants obtiendraient une bourse scolaire, qu'ils n’ont jamais reçue. Ils sont désormais dans l’incapacité de payer les frais d'inscription et leurs enfants manquent une partie de leur scolarité », a déploré Carden.

Après avoir rappelé sa rencontre avec le dirigeant du Kenya National Union of Teachers (KNUT), un affilié de l’Internationale de l'Education (IE), lors de laquelle ils se sont entretenus sur la situation de l’éducation dans le pays, Carden a partagé avec le Parlement le message très clair envoyé par le dirigeant du KNUT: le Royaume-Uni doit cesser d’utiliser les fonds alloués à l'aide au développement pour privatiser le système éducatif kenyan.

Carden a terminé en demandant au Secrétaire d’État d’écouter le secteur, les syndicats, les enseignant·e·s et les groupes militants, que ce soit au Royaume-Uni ou dans les pays du Sud, qui martèlent que l’éducation est un droit universel garanti par l’État et non un marché lucratif.

L’IE salue l’intervention de Carden, soutenue par un grand nombre de données probantes. Elle a elle-même mené plusieurs études sur Bridge International Academies, et plus récemment une recherche intitulée « What do we really know about Bridge International Academies? A summary of research findings » (Que savons-nous réellement de Bridge International Academies? Résumé des conclusions de la recherche), publiée en 2019. Cette recherche met en lumière plusieurs problèmes graves constatés dans les écoles Bridge, notamment la non-conformité des établissements et des méthodes d’enseignement, le recours à des pratiques qui visent à maximiser le profit et mettent à mal l’éducation des jeunes vulnérables ainsi que les opérations illégales de l’entreprise.

Comme l’a déclaré Angelo Gavrielatos, Directeur du projet Réponse mondiale à la privatisation de l’éducation de l’IE, « les aides au développement financées par les contribuables ne doivent jamais servir à remplir les poches des profiteurs. Il incombe aux gouvernements et aux agences intergouvernementales de s’acquitter de leur obligation de veiller à ce que tous les enfants puissent accéder à un enseignement public de qualité. Il est encourageant de constater que les responsables politiques prennent note de ce qui est dit et prônent le changement. »

Les éducateur·rice·s continueront à demander à ce que les aides internationales ne servent jamais à promouvoir et à encourager les intérêts privés dans l’éducation.