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Dialogue sur les violations des droits dans le secteur de l'éducation en Amérique latine

Un séminaire de formation sur les droits humains a rassemblé des participant·e·s de différentes organisations affiliées à l'Internationale de l'éducation en Amérique latine, qui sont confrontés à la persécution et aux menaces résultant de leur militantisme.

Jeudi 5 septembre à Bogotá, les organisations affiliées à l'Internationale de l'Éducation en Amérique latine (IEAL) ont débuté une réunion régionale pour échanger des expériences et discuter des violations des droits dans le secteur de l'éducation dans les pays d'Amérique latine. La réunion vise à établir un réseau pour surveiller et signaler les violations des droits humains et du travail qui touchent les travailleur·euse·s de l'éducation et les communautés éducatives en Amérique latine.

La rencontre a débuté avec l'intervention de Nelson Alarcón, président de la Federación Colombiana de Trabajadores de la Educación (FECODE), qui a souhaité la bienvenue aux participant·e·s et a remercié la solidarité internationale face à la situation complexe en Colombie. Alarcón, qui est également membre du Bureau exécutif mondial de l'Internationale de l'Éducation, a partagé des informations sur les menaces des groupes paramilitaires à l'encontre des membres du conseil d'administration de la FECODE. Les menaces surviennent dans le contexte de l'affaiblissement de l'accord de paix par les autorités du gouvernement Duque et de la défense dudit accord par la FECODE.

Menaces contre les dirigeant·e·s sociaux·ales et syndicaux en Colombie

La FECODE a suspendu la Grande caravane pour la vie, la paix et la démocratie prévue les 6, 7 et 8 septembre à destination du département de Valle del Cauca. La décision a fait suite aux menaces pesant sur les dirigeant·e·s de l’organisation syndicale et aux risques liés à l’organisation de la caravane. À la place, une grève nationale de 24 heures a été lancée pour le 12 septembre en vue de défendre la vie, la paix, la démocratie et le respect des accords signés avec la FECODE.  Alarcón a réaffirmé l'engagement de la FECODE à « défendre l'école en tant que territoire de paix ».

William Velandia, procureur de la FECODE et vice-président de l'IEAL, a remercié la solidarité internationale envers les travailleur·euse·s de l'éducation colombien·ne·s et les dirigeants sociaux et syndicaux. M. Velandia a également évoqué la Conférence régionale de l'IEAL à La Plata, en Argentine, où il avait été convenu de mener à bien la surveillance et le signalement des violations des droits dans le secteur de l'éducation.

Pedro Hernández, président de l’Asociación Sindical de Profesores Universitarios de Colombia (ASPU), a déclaré que les menaces pesant sur les dirigeant·e·s sociaux·ales et syndicaux·ales s'accompagnaient d'une nouvelle vague de réformes néolibérales, avec un recul des droits du travail. Pour M. Hernández, cette série de réformes se produit dans tous les pays de la région et vise à « briser la colonne vertébrale du syndicalisme ».

Gloria Arboleda, secrétaire générale de l'ASPU et membre du Comité régional de l'IEAL, a souligné l'importance d'utiliser les lois nationales et les conventions internationales pour défendre les droits des travailleur·euse·s de l'éducation.

Solidarité internationale

L'événement était soutenu par la Fédération canadienne des enseignantes et des enseignants (CTF) et la British Colombia Teachers’ Federation (BCTF). Daniel Martin, de la CTF, a fait part de ses craintes quant à l'avenir du travail face au recul des droits du travail, et a souligné la nécessité de défendre l'enseignement public en tant que droit humain fondamental. Andrée Gacoin de la BCTF a exprimé la solidarité de son organisation face aux situations de violence subies par les dirigeant·e·s sociaux·ales et syndicaux·ales en Amérique latine et dans le monde.

Hugo Yasky, Président de l'IEAL et Secrétaire général de la CTA d'Argentine, a salué les participant·e·s à la réunion et a exprimé la solidarité des organisations affiliées à l'IEAL envers la FECODE et l’ASPU. Yasky a déclaré que la lutte pour les droits des travailleur·euse·s place les dirigeant·e·s syndicaux·ales au centre des violences et des menaces de toutes sortes et que la solidarité internationale est essentielle pour surmonter ces obstacles.

Système international de l'Organisation internationale du Travail

La réunion a débuté par une présentation du Dr Jorge Humberto Valero sur le système international de l’Organisation internationale du Travail (OIT). Valero a passé en revue les origines historiques et le contexte de l'OIT et expliqué la portée des normes internationales du travail et la nature tripartite de l'organisation: avec la participation des travailleur·euse·s, des employeurs et des États.

Eduardo Rodríguez, représentant de l'OIT pour les pays andins, a présenté un exposé sur le système de réglementation et de contrôle de l'OIT en tant que moyen de contribuer à la justice sociale. Rodríguez a détaillé les procédures qui régissent les actions de l'OIT et les mesures que les organisations de travailleur·euse·s peuvent déclencher pour exiger le respect de leurs droits dans l'organisation internationale.

Les représentants des différents pays d'Amérique latine participant à la réunion ont interrogé les intervenants après leur exposé.

Système interaméricain de protection des droits humains

La Dr María Paula Lemus, de l'Association du barreau « José Alvear Restrepo », a présenté un exposé sur l'accès aux systèmes internationaux de protection des droits, en particulier le Système universel des droits humains et le Système interaméricain des droits humains.  Mme Lemus a expliqué en détail le processus de saisine de la Cour interaméricaine des droits humains et les décisions pertinentes de cette institution en matière de droits syndicaux.

Après la présentation de Lemus, les représentants des organisations participant à la réunion ont pu poser des questions et exprimer leurs doutes quant au système interaméricain des droits humains.

Réseau de surveillance et de signalement des violations des droits dans le secteur de l'éducation

Hugo Yasky a clôturé la journée en invitant les organisations affiliées à l'IEAL à créer un réseau de surveillance et de signalement des violations des droits dans le secteur de l'éducation dans les pays d'Amérique latine. « Un réseau qui nous permet une action collective, un réseau qui nous permet de rendre l'action plus efficace », a expliqué Yasky.

À l'issue de l'événement, le président de l'IEAL a dénoncé la forte répression subie par l'affiliation de l'Association des enseignant·e·s du Chili (Colegio de Profesores de Chile) qui a participé jeudi dernier à une manifestation dans les rues de Santiago. (Voir la note de l'Association des enseignant·e·s du Chili)

José Olivera de la Federación Nacional de Profesores de Educación Secundaria de Uruguay (FENAPES) est intervenu pour expliquer l'offensive des chambres de commerce de son pays, qui ont déposé une plainte contre l'Uruguay auprès de l'OIT dans le but de limiter les droits du travail dans ce pays d'Amérique du Sud.

La réunion régionale poursuivra ses activités le vendredi 6 septembre à Bogotá, avec la participation de représentants des organisations suivantes: CTERA, CONADU et CEA d’Argentine, CNTE et PROIFES du Brésil, FECODE et ASPU de Colombie, SEC du Costa Rica, ANDES 21 de Junio du Salvador, COLPROSUMAH et COPRUMH du Honduras, CGTEN/ANDEN du Nicaragua, OTEP-A et UNE-SN du Paraguay, SUTEP du Pérou, ADP et FAPROUASD de la République dominicaine, et FENAPES et FUM-TEP de l'Uruguay.

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