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Le médiateur de la Banque mondiale ouvre une enquête sur le financement de Bridge International Academies par IFC

Le mécanisme de redevabilité de la Banque mondiale, le Bureau du Conseiller-médiateur pour l’application des directives (Compliance Advisor Ombudsman - CAO), a publié un rapport faisant état de « préoccupations majeures » concernant l'investissement de la Société financière internationale (IFC) dans le fournisseur d'éducation à but lucratif Bridge International Academies et a annoncé l’ouverture d’une enquête.

Suite à une plaintedéposée par des membres actuels et anciens du personnel de Bridge et des parents d’élèves de Bridge au Kenya, le rapport du CAOconclut que les allégations d’impacts défavorables sur les enseignant·e·s, les parents et les élèves ; le profil de risque des écoles au vu de leur nombre, de leur emplacement et de leurs méthodes de construction ; le statut d'immatriculation des écoles et le respect des exigences pertinentes en matière de santé et de sécurité constituent des préoccupations majeures obligeant l’ouverture d’une enquête.   

 

L’évaluation de la conformité portera sur l’adéquation de la diligence raisonnable et de la supervision d’IFC, en particulier pour déterminer si celle-ci a pris des mesures suffisantes pour s’assurer que Bridge respecte la législation et les normes nationales, les exigences d’IFC en matière de transparence et de participation communautaire, les droits du travail et les normes de santé et de sécurité. L’évaluation devrait être achevée en 2020.   

 

À ce jour, IFC a investi 13,5 millions de dollars dans la société mère de Bridge, NewGlobe Schools Inc. Bien qu’elle ait été alertée par des preuves révélant les mauvaises pratiques de la société après son investissement initial en 2014, IFC a investi à nouveau dans la société en 2016.   

 

Les recherches de l'Internationale de l'Éducation sur Bridge International Academies ont été cruciales pour dénoncer les mauvaises pratiques de Bridge. L’étude de Bridge au Kenya, menée par l’IE en 2016, a révélé que les prestations de Bridge étaient de mauvaise qualité, inaccessibles pour les plus démunis et défavorisés, et inabordables pour la plupart des familles des communautés dans lesquelles la société intervient. En outre, l’étude montrait que la grande majorité des enseignant·e·s de Bridge n’étaient pas qualifié·e·s.Une étude, menée en 2016 sur les écoles de Bridge en Ouganda, a révélé que le modèle commercial standardisé d’«Academy-in-a-box » utilisé par Bridge pour réduire les coûts impliquait une perte de qualité. Plus récemment, l’étude de 2019  What do we really know about Bridge International Academies (« Que savons-nous vraiment de Bridge International Academies ? ») a examiné les données disponibles sur Bridge et a conclu que ses prétentions à fournir une éducation de qualité étaient sans fondement et, qu’en fait, la société offrait un enseignement de qualité médiocre et exploitait les familles vulnérables.   

 

Pour l'IE, même si nous nous félicitons des mesures prises pour responsabiliser IFC, cette enquête insuffisante survient trop tard. À la lumière des preuves accablantes et depuis des années, l’IE demande à IFC et aux autres donateurs internationaux de cesser d’investir dans Bridge (voir par exemple les articles icietici). L’IE appelle à nouveau les investisseurs tels que Pearson, DFID, Facebook, Microsoft et Omidyar Network à cesser immédiatement de financer Bridge et à déterminer si une diligence raisonnable a été exercée lors de la décision d’investir dans la société.   

Depuis des années, l’IE appelle également la Banque mondiale à mettre fin au financement et à la promotion plus large de la privatisation (voir par exemple les articles ici, et ici). Lors des réunions annuelles d’IFC il y a à peine deux semaines, l’IE a réitéré cet appel. Pourtant, la Banque mondiale continue de financer les établissements d’enseignement privés, de promouvoir les politiques de privatisation et de financer des partenariats public-privé dans le monde entier. Il est grand temps que la Banque mondiale cesse enfin d’ignorer les preuves des effets néfastes de la privatisation sur l’équité, la qualité et le droit à l’éducation.