Le Costa Rica a besoin de plus d’investissements dans l’enseignement public
Le bureau régional de l’Internationale de l’Éducation pour l’Amérique latine (IEAL) a accompagné ses affiliés au Costa Rica, ANDE et SEC, à l’occasion du lancement de la campagne « La force du public : ensemble on fait école ! », les 25 et 26 mars 2025.
Le lancement s’est déroulé en deux temps, d’abord en présence des institutions, puis devant les membres de base et les cadres moyens des syndicats. Dans les deux cas, le message de la campagne qui appelle à un investissement accru dans l’éducation ainsi qu’à un engagement en faveur d’un enseignement public de qualité de la part du gouvernement, a été clairement entendu.
Le Costa Rica à la croisée des chemins
« Ce pays a une décision à prendre, et le temps presse » a souligné Gilda Montero, présidente du syndicat ANDE et membre du Bureau exécutif de l’Internationale de l’Éducation. « Se maintenir dans une situation de déclin, avec de faibles investissements dans l’éducation, ou opter pour le maintien de la croissance de l’enseignement public, en soutenant et en respectant ses enseignants et enseignantes. » Mme Montero a en outre souligné que la crise de l’éducation au Costa Rica touchait tout particulièrement les femmes, qui représentent 80 % du personnel éducatif du pays.
Pour sa part, Yorgina Alvarado, secrétaire générale du syndicat SEC et vice-présidente du Bureau exécutif régional de l’IEAL, a salué le succès des mobilisations menées par les syndicats au Costa Rica, qui ont notamment donné lieu au lancement de la campagne « La force du public : ensemble on fait école! ». À ce propos, Mme Alvarado a fait remarquer que les recommandations des Nations Unies se reflétaient également dans la proposition de politique publique éducative alternative élaborée et construite par des enseignant·e·s et des professeur·e·s.
Remplacer les économies d’impôt et le remboursement de la dette par des investissements dans l’éducation
Les syndicats ANDE et SEC ont été clairs dans les demandes qu’ils ont adressées aux représentant·e·s du gouvernement, des partis politiques et des autorités costariciennes présents le 25 mars lors d’un événement qui s’est tenu au Collège des avocats du Costa Rica : le pays doit rompre avec les restrictions budgétaires recommandées ou imposées par les institutions financières internationales et respecter la légalité constitutionnelle, qui veut que 8 % du PIB soient investis dans l’éducation. Malheureusement, le gouvernement de Rodrigo Chávez a réduit les investissements de près de moitié, entraînant des conséquences désastreuses sur les infrastructures scolaires. Depuis cinq ans, les salaires des enseignant·e·s sont gelés en vertu de la loi sur le renforcement des finances publiques, qui interdit toute augmentation salariale jusqu’en 2027 et exclut cette question du champ des négociations collectives.
Appliquer les Recommandations des Nations Unies sur la profession enseignante
Les syndicats costaricains, de concert avec l’Internationale de l’Éducation, représentée par le bureau régional et par José Olivera, membre du Bureau exécutif régional de l’IEAL, ont insisté auprès des autorités gouvernementales et des représentant·e·s de l’UNESCO et de l’Organisation internationale du Travail sur la nécessité d’appliquer les Recommandations des Nations Unies sur la profession enseignante. « L’Internationale de l’Éducation et ses affiliés ont accepté chacune des recommandations. Nous sommes prêts à les mettre en œuvre ici au Costa Rica et dans tous les autres pays du monde », a rappelé Angelo Gavrielatos, de l’Internationale de l’Éducation, lors de l’événement en présence des institutions.
José Olivera a attiré l’attention sur le fait qu’en Amérique latine, la pénurie s’élève à 3,2 millions d’enseignant·e·s, selon l’UNESCO. M. Olivera a expliqué comment la campagne « La force du public : ensemble on fait école ! » avait aidé la FENAPES en Uruguay à faire entendre ses revendications en faveur d’une augmentation des salaires dans le pays et d’une pleine mise en œuvre du budget de l’éducation. L’Amérique latine souffre d’une sous-exécution budgétaire dans le domaine de l’éducation, laquelle entraîne fréquemment un gel des salaires. M. Olivera a remercié les syndicats costariciens et l’IEAL pour la solidarité dont ils ont fait preuve pendant des années de persécution antisyndicale et d’austérité, solidarité qui a aidé les enseignant·e·s uruguayen·ne·s à « rester debout ».
Gabriela Bonilla, coordinatrice du bureau régional de l’IEAL, a présenté les recommandations des Nations Unies sur la profession enseignante et souligné l’importance des recommandations 7 et 55 pour encourager l’annulation de la dette et mettre fin aux mesures d’austérité qui ont étranglé le budget public du pays. Elle a aussi attiré l’attention sur la résolution 19 qui souligne la nécessité de garantir la stabilité de l’emploi des enseignant·e·s, sachant que plus de 50 % des enseignant·e·s du Costa Rica sont intérimaires. « Si la recommandation 55 de l’ONU appelle à l’annulation immédiate de la dette extérieure des pays, c’est parce qu’un grand nombre de gouvernements se bornent à jouer un rôle de gestionnaire de la dette extérieure, ils se contentent d’administrer un calendrier de remboursement de la dette, mais s’abstiennent de réaliser des investissements sociaux. De cette manière, ils affichent un excédent et peuvent contracter davantage de dettes. Ils se gardent de promouvoir une justice fiscale qui garantirait les ressources nécessaires au maintien de la politique sociale, y compris la politique éducative. C’est pourquoi la recommandation 55 incite les gouvernements à reprendre leur rôle de gestionnaires et de garants de la politique publique. »
Suite aux journées de lancement de la campagne, les syndicats SEC et ANDE se sont engagés à concevoir un plan de campagne pour les 12 prochains mois, période qui coïncide avec la campagne électorale pour les élections générales de février 2026.