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  • #jeunesprofs « Ma passion pour l’enseignement, et la charge qu’elle implique: à la recherche d’un équilibre », par Petero Sanele Kubunavanua (FTA, Fidji).

#jeunesprofs « Ma passion pour l’enseignement, et la charge qu’elle implique: à la recherche d’un équilibre », par Petero Sanele Kubunavanua (FTA, Fidji).

J’ai été conquis par l’enseignement qui m’avait été dispensé à l’école primaire et dans le secondaire. La manière d’enseigner de mes enseignant·e·s était particulièrement motivante et contagieuse. C’est ce qui m’a donné envie de faire de même, en grandissant.

L’enseignement était mon premier choix de carrière et j’avais été retenu pour suivre la formation dispensée au Corpus Christi Teachers College à Nasese. Diplômé à la fin de la troisième année, j’ai été affecté dans un établissement de la province de Ra, dans la région occidentale de l’île de Viti Levu, l’une des plus grandes de l’archipel des Fidji. J’ai vraiment apprécié les premières années passées ici.

Une fois entré dans la profession, j’ai réalisé que la vie des enseignant·e·s était loin de ce que j’en attendais. On nous demandait de préparer une quantité incroyable de documents. Chaque semaine, j’avais 27 dossiers à soumettre – et je m’en souviens parfaitement. J’étais tellement plongé dans la préparation de ces documents que j’en avais presque oublié l’essence et l’importance de notre profession. En tant que jeune enseignant, le principal défi auquel j’ai dû faire face était certainement la documentation et la mise à jour des dossiers. Deux fois par trimestre, un agent de l’Éducation nationale nous rendait visite pour vérifier tout cela. La paperasse, car il y en avait beaucoup, semblait avoir éclipsé l’intérêt de l’enseignement à mes yeux.

Au cours de ma première année en tant qu’enseignant, on m’a demandé de concevoir un document spécial pour la planification et le suivi des évaluations en classe, et d’y consigner les résultats. Cet exercice a été le plus difficile que j’ai été amené à réaliser. Il s’agissait de la dernière initiative en date du ministère de l’Éducation, étant donné qu’à ce moment, les examens n’avaient plus grande importance. L’évaluation en classe est un outil basé sur des activités menées uniquement dans la salle de classe. La planification, l’attribution des notes et l’enregistrement des résultats exigeaient donc beaucoup de temps. Les compétences en lecture ont fini par se dégrader et, avec le recul, j’ai compris que cette nouvelle manière de procéder était à l’origine de la hausse considérable du nombre d’enfants ne sachant pas lire au moment des évaluations en classe, et des fréquents changements de politiques qui se répercutaient sur le programme scolaire. En fait, cette nouvelle forme d’évaluation générait une charge de travail supplémentaire, et pas uniquement pour moi mais aussi pour mes collègues plus anciens.

Face à cette lourde charge de travail, aux modifications fréquentes du programme scolaire et au contexte changeant dans le pays qui, à l’époque, était dirigé par un gouvernement militaire, j’ai décidé d’adhérer au syndicat car mes droits seraient protégés.

Je l’ai rejoint sans hésiter dès ma première année d’enseignement, il y a sept ans, après la visite de certains de ses membres dans notre école. J’avais très vite compris l’utilité pour moi du syndicat, qui assurait une protection sociale et s’attaquait à la question de la condition des enseignant·e·s.

Le fait d’être syndiqué me met en confiance; je sais que je ne suis pas seul. Je suis soutenu par d’autres syndicalistes au niveau local, et même mondial. Et je peux représenter les personnes vulnérables, si le besoin se fait sentir.

Mais ce que je crains avant tout, c’est que le syndicat puisse renoncer à se faire l’écho des préoccupations des enseignant·e·s. Je crois fermement qu’il ne doit pas cesser de lutter pour ses membres et ne pas se laisser intimider par les tactiques négatives à l’encontre des travailleur·euse·s, qui visent à insuffler la peur afin de les dissuader d’exercer leurs droits, en particulier ceux qui relèvent des Conventions nos 87 et 98. Le syndicat doit continuer de dialoguer, de s’exprimer et de rédiger des articles, encore et encore. Nous ne devons pas renoncer.

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Le thème de la Journée Mondiale des enseignant·e·s 2019 est « Jeunes enseignant·e·s: l’avenir de la profession ». Pour marquer cette occasion, nous inaugurons une série de blogues présentant la voix et les expériences de jeunes enseignant·e·s et personnels de soutien à l’éducation. C’est l’opportunité  d’entendre les témoignages directs de jeunes professionnels et syndicalistes du monde entier et de découvrir leurs parcours : ce qui les a conduit·e·s à choisir cette profession, les défis auxquels il·elle·s sont confronté·e·s et leurs projets d’avenir.

Si vous êtes un·e jeune enseignant·e ou personnel de soutien à l’éducation, ou si vous avez rejoint la profession récemment, n’hésitez pas à contribuer à cette série pour faire entendre votre voix ! Prenez directement contact avec Sonia à Sonia.grigt@ei-ie.org.


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Petero Sanele Kubunavanua

Petero enseigne à l’école primaire Draiba à Suva, Fidji. Il est enseignant depuis sept ans et titulaire d’un certificat en enseignement primaire décerné par le Corpus Christi Teachers College, Fidji. Actuellement, il est Président de l’Association des enseignant·e·s catholiques des Fidji, commissaire pour les jeunes catholiques de l’Archidiocèse de Suva et coordinateur du foyer universitaire au Corpus Christi Teachers College.

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